Le sexisme dans la fantasy : l'exemple de Lanfeust de Troy

Le sexisme dans le monde de la fantasy, qu’il s’agisse de romans, BD, jeux vidéo ou films, est un vaste sujet sur lequel je pourrais écrire longtemps. Pour éviter ça, nous allons nous pencher sur une des premières BD de fantasy que j’ai lu dans ma vie, une de celle qui m’a fait plonger dans le monde de la BD pour ne jamais en ressortir : Lanfeust de Troy. 

Je suis toulonnaise, les éditions Soleil sont toulonnaises, découvrir Lanfeust quand on est une grande lectrice n’était qu’une question de temps. 

Lanfeust de Troy, c’est une série de BD en 8 tomes écrite par Arleston et dessinée par Tarquin, tous deux débutants à l’époque. On y suis la quête du jeune Lanfeust pour retrouver le Magoamoth, source de magie sur le monde de Troy. Il est accompagné par des personnages au caractère bien trempé et bien défini, assez classiques dans le monde de la fantasy : le vieux sage Nicolède, la douce et tendre C’ian, la sauvage Cixi, le jeune héro naïf Lanfeust., ainsi que le tas de muscles constitué par Hébüs le troll rencontré sur la route. Une équipe à laquelle il ne manque personne. 

Penchons-nous sur la question des deux sœurs, C’ian et Cixi. Leurs rôles, mais aussi leurs caractéristiques, sont aux antipodes l’une de l’autre et hautement stéréotypées. 

C’ian  

C’ian « la douce » est vêtue d’une longue et sage robe d’un bleu doux, avec à la taille une ceinture qui n’est pas sans rappeler celle des moines. Sa blondeur est également synonyme de naïveté et d’un caractère candide. Ainsi, C’ian est une jeune femme patiente, douce, empathique, et toute autre qualité qu’une femme « bien » est censée avoir. De plus, C’ian est une femme qui s’occupe de son entourage : son père, âgée, sa sœur imprévisible, son fiancée pas très malin… et cela se manifeste non seulement par ses pensées et ses gestes, mais aussi par son pouvoir : C’ian a le don de guérison. Un pouvoir tout à fait en adéquation avec le caractère angélique qu’Arleston et Tarquin ont voulu lui donner. 

Cixi  

Cixi « la sauvage » est en tous points à l’opposé de sa sœur. Elle porte une tenue très proche du bikini, avec une pointe de cuir, qui dévoile son fessier. Le tout aussi écarlate que le danger et la passion. Sa chevelure brune et désordonnée rappelle des femmes plus sauvages, opposée à l’angélisme de C’ian. Quand à son caractère… elle est imprévisible, parfois violente, au langage libre et elle aime jouer avec les hommes, dont Lanfeust, le fiancé de sa propre sœur. Son caractère imprévisible se manifeste également dans son pouvoir puisqu’elle peut changer l’eau en glace ou, au contraire, la faire bouillir. Cela la rend terriblement dangereuse, là où C’ian ne l’est en aucun cas.

L’opposition des deux sœurs  


Ainsi, si C’ian est un ange, Cixi est une diablesse. Si C’ian est parfaite, Cixi est imparfaite. 

D’ailleurs, lorsque Cixi prends son envol, seule loin de sa famille et de ses amies, c’est pour devenir une tentatrice, une traîtresse, une femme qui use de son corps pour arriver à ses fins. Le genre de choses que jamais C’ian n’aurait fait. 

Elle prend également une autre ampleur dans sa dangerosité puisqu’elle devient une justicière qui use de ses connaissances, son pouvoir et sa violence pour combattre l’oppresseur. Là, elle devient une femme libre, courageuse et dangereuse, à l’écoute des besoins des autres, mais elle le fait sous couvert d’anonymat, le visage masqué. La Cixi qu’elle montre au monde reste une peste égoïste et capricieuse. Et personne ne remet ce caractère en doute. 

C’ian, elle, reste près de sa famille, écoute et obéit, fait ce qu’il faut pour garder l’équipe unie, et pas toujours avec succès. Son seul défaut ? Elle tombe amoureuse d’un autre homme que son fiancé. Une homme moins malin que Lanfeust (et il en faut), moins courageux que Lanfeust, plus grandiloquent et plus riche. Cependant, dans sa bonté innée, C’ian pardonne sa sœur d’avoir voulu lui prendre son fiancé (et y être parvenue au dernier moment). 

A la lecture, cette opposition entre sœurs donne de rares scènes de sororité et de nombreuses scènes de conflit. Autrement dit, les deux femmes de l’histoire s’entendent sans s’entendre. S’aiment sans s’aimer. Se soutiennent sans se soutenir. Et cela, en soit, est un problème. Parce que cela perpétue l’idée que les femmes d’un même groupe, et ici d’une même famille, sont forcément en opposition. Leurs différences devraient les réunir, elles devraient se soutenir de manière inconditionnelles, car elles sont sœurs et femmes. Pas s’affronter, se juger, se mépriser, jusqu’à ce que l’ambiance entre elles et les autres membre de leur groupe devienne si difficile que la seule qui fait face à ses véritables sentiments, aussi instables soient-ils, décide de disparaître.